Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Jn 6, 68














 
                    

jeudi 02 septembre 2010

Fête des rogations (2ème jour)



LES  ROGATIONS

1/ SIGNIFICATION ET HISTOIRE DES ROGATIONS

2/ SERMON POUR LES ROGATIONS.
SERMONS DE GUERRIC, ABBÉ D'IGNY,  DISCIPLE DE SAINT BERNARD, POUR LE COURS DE L'ANNÉE

1° Qu'est ce que les Rogations ?
          Rogations, du  latin " rogatio ", veut dire une prière de demande. " Les Rogations "  sont une prière de demande liturgique, accomplie par la Communauté  Chrétienne à une époque de l'année fixée au printemps, les trois jours  avant l'Ascension.  
        Elles ont pour objet de demander à Dieu  un climat favorable, une protection contre les calamités et peuvent être  accompagnées d'une bénédiction de la terre, des champs et des  instruments de travail. On peut aussi les faire dans des circonstances  diverses, comme par exemple aujourd'hui la fièvre aphteuse, la maladie  de la vache folle, les inondations, etc...

2° Histoire des Rogations
        Les Rogations avaient été  instituées vers 474 par Saint Mamert (encore connu dans le dicton  météorologique parmi les " Saints de Glace ", avec les Saints Pancrace  et Servais dont la fête tombe les 11, 12 et 13 mai ; c'est à cette  époque en effet que peuvent survenir les dernières gelées, les plus  dangereuses pour la végétation).  À l'époque il y avait des calamités de  tout ordre, non seulement agricoles, mais aussi tremblements de terre,  destructions incendies et guerres, Saint Mamert proposa donc au peuple  chrétien trois jours de prières, processions, litanies et jeûne. On dit  que, plus tard, Charlemagne suivait lui-même à pied cette procession.
         Les rogations en tout cas avaient été étendues à toute la Gaule Romaine  : par Sidoine Apollinaire à Clermont, et Césaire d'Arles les trouve  déjà établies dans son diocèse. Les Conciles d'Orléans en 511, de Tours  et de Lyon en 567 ordonnent de les célébrer, et unifient leur date aux  trois jours précédant l'Ascension. Le pape Grégoire Ier les institue à  Rome.     
        Lors de la réforme liturgique, en 1969, le  nouveau " Calendarium romanum " a maintenu les prières des Rogations,  mais en précisant qu'elles ne pouvaient être célébrées à la même date  sur toute la terre. En effet les Rogations, avec le temps, avaient  accentué leur côté rural, avec des processions et aspersions d'eau  bénite dans les champs, et étaient attachées au printemps de  l'hémisphère boréal.  Le Calendrier Romain de 1969 observait aussi  qu'elles n'avaient pas le même sens et la même importance à la ville et à  la campagne. Enfin il donnait tâche aux Conférences épiscopales pour en  fixer " la discipline ". À ce jour, la Conférence épiscopale française  n'a rien fixé.         
        Même si elles n'ont pas de caractère  obligatoire, on peut donc toujours célébrer des Rogations à l'époque du  printemps, les trois jours qui précèdent l'Ascension, avec des litanies  après une messe ou au cours d'une procession ; une bénédiction avec de  l'eau bénite peut être faite. On pourrait d'ailleurs faire de telles  prières à d'autres époques selon les circonstances. On trouve dans le "  Livre des Bénédictions " une bénédiction sur la terre qui peut être  faite justement pendant les Rogations.    (Source :  www.1000questions.net )

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SERMON  POUR LES ROGATIONS. 
SERMONS DE GUERRIC, ABBÉ D'IGNY, DISCIPLE DE  SAINT BERNARD, POUR LE COURS DE L'ANNÉE.

1. « Prêtez-moi trois pains» (Lc. 11, 5)
        « Des amis  » nous sont arrivés de voyage et je n'ai rien à leur servir. « Je ne  suis point médecin, et en ma maison, il n'y a pas de pain (Is. 3, 7). »  Aussi, je vous le disais dès le principe, « ne me constituez pas prince.  » 
        Celui qui ne peut être utile ne doit point commander. Or  comment peut-il être utile celui qui n'est point médecin, qui n'a point  de pain en sa maison, c'est-à-dire, qui ne connaît pas l'art de guérir,  et qui ne possède pas la doctrine suffisante pour nourrir ? Voilà ce  que je vous disais, mais, hélas ! vous ne m'avez nullement écouté ; car  vous m'avez établi chef. N'ayant pu éviter le danger, il me restait donc  de recourir au remède, et d'entendre à ce sujet le conseil du sage : «  On t'a établi supérieur, sois parmi tes inférieurs comme l'un d'entre  eux (Si. 32, 1). » Mais malheur à moi ! Ce refuge ne m'a point été  laissé. Car, de même que mon peu d'habileté m'empêche d'être au dessus  des autres, de même mon infirmité ne me permet pas d'être parmi eux  ;  et, comme par l'esprit je ne suis pas capable de prêcher la parole,  de même par le corps, je ne puis donner l'exemple.
        Ne  pouvant donc ni vous gouverner, ni habiter avec vous, où puis-je être  placé, sinon à la dernière place, qui est la plus assurée, et qui se  trouve après toutes les autres ? Et je le puis , en ayant de moi des  sentiments humbles mais vrais ; rien ne m'empêche, et la vérité m'y  engage beaucoup, rien ne m'empêche d'être, par la pensée, au dessous de  tous, bien que ma charge me place à votre tête.

2. C'est vous-même, Seigneur, qui ordonnez qu'on s'abaisse et  qui néanmoins voulez qu'on commande ; je vous demande, et j'attends de  vous, je vous demande de me rendre humble et utile en même temps dans le  ministère que vous m'avez confié : humble, en ayant de moi des  sentiments véritables ; utile, en parlant, de vous, ô Sion.
         Mettez l'un de ces biens dans mon cœur, et l'autre dans ma bouche.  Mettez sur mes lèvres des paroles justes et bien sonnantes, vous qui  avez dit : « ouvre ta bouche et je la remplirai (Ps. 80, 11), » afin que  toute votre famille soit remplie de bénédictions. Voici que des amis me  sont venus. S'ils sont les miens, ils sont encore plus les vôtres. Je  n'ai rien à leur servir, et il faut qu'on me prête ce qui me manque. Et  quel autre est aussi riche ou aussi généreux à donner que le Seigneur de  tous ? Il est riche envers tous ceux qui l'invoquent (Rm. 10, 12), il  ouvre sa main et remplit tout être animé de bénédictions (Psalm. CXLIV,  16), il donne à tous sans reproches (Jc. 1, 5), si ce n'est peut-être à  celui qui demande avec nonchalance et retient avec ingratitude la grâce  qu'il a reçue ? Que de mercenaires dans la maison de ce père de famille  ont en abondance du pain ; comme ils annoncent le Christ, bien que ce  soit sans pureté d'intention, néanmoins la grâce de la doctrine ne leur  est point refusée, mais c'est dans l'intérêt des autres. Là où les  mercenaires sont dans l'abondance, les fils seront-ils dans l'indigence ?  
        Eh bien donc, ô Seigneur, je n'ose vous dire mon ami, mais  seulement mon Seigneur, prêtez-moi trois pains pour nourrir mes amis, de  crainte que si je les renvoie à jeun ils ne tombent en défaillance en  route, et qu'on ne me dise « les petits enfants ont demandé du pain, et  nul ne s'est trouvé pour le leur rompre (Lm. 4, 4). » Prêtez-moi,  Seigneur, un bien qui tourne à votre profit, vous pourrez reprendre avec  usure, quand cela vous plaira, ce qui vous appartient : Prêtez-moi  trois pains, s'il vous plaît, prêtez-moi si peu que ce soit, une bouchée  de pain même ; une seule bouchée de pain peut suffire à je ne sais  combien de mille personnes, si vous la bénissez.
        Vous  voulez, je le sais, que nous soyons importuns, bien que vous ne  répondiez pas, et que vous donniez pour excuse que vous êtes rentré au  ciel, que vos apôtres sont avec vous dans ce lieu de repos, vous voulez  que nous continuions à demander, à chercher, à frapper, parce que  l'innocence qui nous fait vos amis ne suffit point pour mériter la  doctrine si elle n'est accompagnée d'une prière constante et assidue qui  nous rende comme importuns. Pour moi, je n'ai aucune de ces deux choses  : je ne m'appuie que sur les mérites de ceux qui doivent être nourris  de la parole sainte ; ils méritent ce que je ne suis pas digne  d'obtenir.    

3. Pour vous, mes frères, pour l'usage et en vertu des mérites  de qui je demande ces pains, croyez vous que nous suffirons, moi à les  rompre, et vous à les manger !
         Je crains que l'on ne me  dise : « Ne cherchez point les choses qui sont au dessus de vous, et ne  scrutez pas ce qui vous dépasse (Si. 3, 22).» Je crains que l'on ne vous  dise : « Vous êtes des enfants qui ont besoin de lait non de pain (He.  5. 12). »
        Je sais, en effet, que chez le père de famille, il  y a des pains de telle qualité, qu'ils briseraient plutôt nos dents  qu'ils ne garniraient nos estomacs, c'est-à-dire qu'ils n'édifieraient  nos âmes, si notre âge tendre avait la hardiesse de les demander. Qui  comprendrait, en effet, qui pourrait expliquer ou saisir, comme il faut,  le mystère ineffable de la Trinité, comment le père est de lui-même,  comment le Fils procède du Père, comment le Saint-Esprit procède et du  Père et du Fils, et comment, enfin, trois personnes se trouvent en  l'unité de substance ?
        La femme insensée, la vanité pleine  d'audace des hérétiques, sollicite ceux qui ont des démangeaisons dans  les oreilles à discuter ces mystères, alors que Dieu doit être l'objet  de notre foi, non pas de notre examen. Touchez sans crainte, disent-ils,  à ces pains cachés. Comme un insensé, vous toucherez ce qui dépasse la  hauteur même des anges. Et que m'importe de porter la main sur des pains  cachés que je ne puis rompre ou manger sans péril ?
        Il me  suffit de savoir que ce sont des pains, qu'il y en a trois. Je ne parle  pas de la Trinité des personnes, mais de la trinité des discours, ou  plutôt des conceptions relatives à ces personnes : ce sont trois pains  de même grandeur, de même poids, de même forme et de même goût. Tout ce  qu'on dit du Père, il faut le dire du Fils ou du Saint-Esprit : avec  cette seule exception, que les propriétés particulières font le nombre  des personnes dans la Trinité, comme elles font la différence des  intelligences, quand il s'agit de les distinguer.    

4. Laissons donc l'intelligence sublime des anges rompre ces  pains, jusqu'à ce que, parvenus à la hauteur de ces esprits  bienheureux, nous soyons en état de nous asseoir à leur table.
         Car, dans l'Écriture, nous trouvons ces trinités d'autres pains mieux  proportionnés à notre infirmité : par exemple, pour ne pas trop nous  éloigner de la Trinité suprême, que toutes choses sont de Dieu, par lui,  et en lui : que le Père nous a créés ; que le Fils nous a rachetés et  que le Saint-Esprit nous a sanctifiés. En ce sens, on peut dire tant de  choses, que, quelque affamé que soit l'ami qui arrive de voyage, si vous  lui en serviez seulement la moitié, il ne serait pas moins exposé à  sentir du dégoût qu'il ne ressentait auparavant les aiguillons de la  faim, et l'abondance pourra bien accabler celui que le besoin  tourmentait auparavant. Car vous pourrez décrire en trois manières, non  seulement celui qui nous a faits avec tout ce qui a été fait, mais  encore ce qui a été écrit pour nous, en sorte que nous trouvons une  réfection abondante dans les trois pains de l'histoire, de l'allégorie  et de la morale.
        Tout l'ensemble de l'Écriture, divisé en  trois parties, forme comme trois pains quand elle traite de la justice  naturelle, ou de ce qui est selon la loi de la lettre ou selon celle de  l'esprit, c'est-à-dire de ce qui est avant la loi, sous la loi et après  la loi, je veux dire sous la grâce. La nature a donné l'intelligence  droite, la loi donne l'acte, et la grâce, l'affection. Le Pasteur et  Docteur des nations dans la foi et dans la vérité, nous apprend que  l'Église doit être nourrie d'une sorte de trinité de pains, et que celui  qui l'édifie doit parler pour « l'édification, l'exhortation et la  consolation. »
        Pour l'édification, afin que vous sachiez ce  que vous devez faire, pour l'exhortation, afin que vous vouliez ce que  vous connaissez, pour la consolation, afin que dans l'adversité vous  puissiez accomplir ce que vous connaissez et ce que vous voulez. Et non  seulement dans la matière, les sens et les parties des Écritures, dans  le genre et les tournures de langage qui s'y trouvent, mais même dans  toute la fin à laquelle elles aboutissent, vous trouverez une trinité de  pains, trinité salutaire et pleine de goût : c'est-à-dire, la foi,  l'espérance et la charité.
        Car la charité seule a été  définie comme la fin du précepte, et cette vertu est triple en une  certaine façon, puisqu'on doit l'avoir de tout son cœur, de toute son  âme, et de toute sa force. Mais comme un repas trop long et composé de  mets trop variés est réputé blâmable, nous mettrons fin à ce discours,  vous laissant recueillir les miettes qui sont restées, c'est-à-dire les  pensées plus subtiles qui sont tombées de nos mains : quant à vous et à  nous, nous chanterons à celui qui nous nourrit : béni soit Dieu en ses  dons, lui qui vit et règne dans tous les siècles des siècles. Amen.







 
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